Douleurs normales et pathologiques

par le Docteur Mesquida Serge.
douleurs pathologiques

Ce titre peut sembler pour le moins incongru, de la part d’un ostéopathe dont la tâche est de soulager les douleurs de ses patients. Cependant, elle n’est pas aussi insensée qu’il n’y paraît à l’écoute des discours des patients qui fréquentent nos cabinets. Qui n’a pas entendu dire, « Docteur, à mon âge c’est normal que j’ai mal. », « On m’a dit que j’ai de l’arthrose, qu’on ne peut rien y faire. », « Le petit a mal parce qu’il grandit. ».

Il est étonnant de voir la rationalisation subjective que le corps médical implante dans l’esprit des patients pour expliquer rationnellement une situation de manière irrationnelle.

En effet, si l’on peut concevoir que l’âge peut être un obstacle à couper du bois toute une journée, il est plus difficile d’expliquer que d’être assis ou allonger au lit puisse entraîner des douleurs. Heureusement, dans ces deux dernières situations, si l’on a la chance que le patient soit âgé, le diagnostic d’arthrose sera là pour nous sauver et donner une explication à l’inexplicable.

Et si d’aventure le patient est jeune, le stress ou la mauvaise literie, le manque de musculature nous sauverons de cette situation inconfortable pour laquelle le patient réclame qu’on lui explique le pourquoi de ses douleurs et où le thérapeute, médecin, ostéopathe ou kinésithérapeute se doit de donner un diagnostic à une situation qu’il une maîtrise absolument pas. Bon nombre de radiographies à défaut d’être utiles au patient, viennent au secours du thérapeute en ce qu’elles révèlent des lésions d’arthrose signant une chronicité inéluctable de la douleur qui tombe à point nommé.

Pour voir plus clair dans la pathologie douloureuse, il faut cesser de concevoir la douleur comme une entité qui conduit parfois à la considérer comme une pathologie à part entière pour en revenir à ce qu’elle est : une sensation.

La douleur est une sensation qui apparait lorsque la contrainte de structure est telle que des signaux d’alerte sont émis pour prévenir d’une éventuelle déstructuration. La douleur naît toujours d’une contrainte excessive sur le système. Dans cette phrase trois termes méritent explication.

  • Contrainte :

    Une contrainte peut avoir n’importe qu’elle nature d’un point de vue médical. En effet, elle peut être mécanique comme celle que l’on subit lors d’un accident, thermique comme lorsque l’on reste trop longtemps au soleil ou si l’on se brûle avec un liquide bouillant, métabolique lors des migraines de lendemain de fête, psychique lorsqu’une mauvaise nouvelle ou une situation stressante récurrente nous affectent. D’un point de vue médical nous faisons donc des différences diagnostiques qui nous donnent l’illusion de douleurs différentes. Mais du point de vue de la physique il n’y a aucune différence, quelque soit la situation douloureuse, il s’agit à l’origine d’un excès d’énergie qui contraint la structure à un point tel qu’elle se met à émettre des signaux d’alerte.

  • Excessive :

    Tout système est fait pour fonctionner avec une marge de déformation. A l’intérieur de cette marge le fonctionnement est normal, au-delà, la déformation est excessive et si rien n’est fait elle peut venir au seuil critique de la déstructuration du système qui signe sa disparition.

  • Système :

    Un système est l’entité sur laquelle on porte son attention qui peut aller d’une cellule, voire un composant cellulaire, à une globalité posturale d’un individu tout entier. Il va de soi que le milieu extérieur d’un système est le milieu intérieur d’un autre système, le système apparaissant en dépendance de la limite qui borne notre observation. Par exemple la membrane cellulaire définit la limite d’étude entre le milieu intra et extra- cellulaire alors qu’un ensemble de cellules formant un organe ne peut être étudié que si l’on déplace la limite à l’enveloppe tissulaire qui sépare l’organe du reste du corps.

Aussi quand on veut analyser un symptôme douloureux, faut-il considérer le système que l’on analyse, la limite de ce dernier et la nature de la contrainte qui s’exerce dessus.

Par exemple prenons le cas d’une lombalgie ou du lumbago sans contexte de lésion. La douleur lombaire est très commune et survient dans des circonstances et chez des individus très différents.

On peut prendre pour objet d’analyse le segment lombaire ou l’individu dans sa globalité.

Il est évident que le rachis lombaire va s’analyser de la même manière chez tous les individus s’il est pris pour référence et au contraire sera considéré de manière très différente si l’individu est pris comme référence d’analyse. Les rachis lombaires d’une secrétaire sédentaire et d’un déménageur sont radiologiquement et biomécaniquement comparables mais ne subissent pas les mêmes contraintes mécaniques dans la vie quotidienne. On voit ici que la limite définit le référentiel d’analyse du système.

Pour ce qui est de la contrainte qui occasionne cette lombalgie, imaginons que la secrétaire se bloque en soulevant un lourd carton de documents et le déménageur se bloque en ramassant son savon dans la douche

Si l’on admet qu’une lombalgie ne peut survenir dans un référentiel de physique que si une contrainte excessive est appliquée sur les structures du rachis lombaire.

Le cas de la secrétaire est parfaitement compréhensible en ce que une énergie potentielle extérieure excessive a été appliquée sur la structure mécanique peu résistante provoquant un dysfonctionnement.

Le cas du déménageur est incompréhensible puisque une énergie cinétique extérieure minime a été appliquée sur une structure mécanique résistante provoquant les mêmes dégâts.

Si l’on s’en tient au principe physique de la contrainte excessive, il faut admettre que dans le cas du déménageur la contrainte excessive est générée par un processus interne lié à la structure elle-même.

Donc, selon que l’on pose comme limite de référence le rachis ou l’individu le diagnostic et les conclusions thérapeutiques ne seront pas du tout les mêmes.

Combien de fois entend on qu’il faut qu’un adolescent muscle son dos parce qu’il se plaint de lombalgies lorsqu’il est assis en cours alors qu’il n’éprouvera aucune douleur lors d’activités sportives.

La compréhension et l’analyse du processus postural permettent de faire la différence entre une douleur due à une énergie cinétique excessive extérieure qui nécessitera un traitement externe médicamenteux, chirurgical, de rééducation fonctionnelle ou ostéopathique, d’une douleur due à une énergie cinétique excessive interne pour laquelle l’apparente situation extérieure qui initie la pathologie n’est en réalité qu’un facteur déclenchant. Dans ce cas c’est le traitement du processus postural au travers la Posturoception® qui permet au mieux le traitement de la pathologie.

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